J. est une petite fille qui traverse difficilement la séparation de ses parents. À l’école, elle se met en colère, lance des insultes aux adultes, se renferme. Quand elle arrive à l’atelier pour la première fois, elle a perdu sa gaieté. Elle semble glisser dans un entre-deux, comme prise au piège entre deux maisons, deux rythmes, deux espaces à habiter. Ses parents organisent une garde alternée, mais pour J., tout cela est encore flou, instable, presque trop mouvant.
Nous décidons ensemble, avec chacun des deux parents, de mettre en place une série de séances pour l’accompagner dans ce passage délicat.
Très vite, J. se met à construire des cabanes. Elle choisit des cartons, des tissus, du papier, quelques branchages ramassés dans le jardin de l’atelier. Elle assemble, elle noue, elle invente. Ses cabanes deviennent des refuges, des lieux secrets où elle peut souffler et retrouver un peu de sa liberté intérieure. À l’intérieur, elle crée aussi des animaux enchantés — petites présences réconfortantes, nées de son imaginaire.




L’atelier se transforme alors pour elle en un repère stable, un espace à soi, un havre où rêver et se déposer.
Pour l’aider à s’orienter dans ce nouveau rythme, nous fabriquons ensemble deux calendriers : un pour chaque maison. J. les accroche ensuite sur les frigos de ses deux foyers. Ils deviennent comme deux fils conducteurs, deux supports concrets pour se repérer, comprendre, et surtout se projeter sereinement.
Au fil des séances, J. s’apaise. Son regard s’éclaire de nouveau, sa créativité retrouve son élan. Peu à peu, elle reprend confiance dans ce chemin entre deux maisons, portée par ce qu’elle crée, par l’écoute, et par le temps offert pour grandir autrement.